Voitures électriques d’occasion : les raisons de leur faible succès de vente

En 2023, moins de 2 % des transactions automobiles d’occasion concernaient des véhicules électriques, alors que leur part grimpe à près de 20 % sur le marché du neuf. La décote rapide de ces modèles contraste avec la résistance des véhicules thermiques, même anciens, à la perte de valeur.

Malgré une offre croissante, la demande reste figée. Les dispositifs d’aides à l’achat ciblent principalement le neuf, écartant la seconde main. Les inquiétudes sur la durée de vie des batteries et la disponibilité des infrastructures de recharge freinent considérablement l’élargissement de ce marché.

Le marché des voitures électriques d’occasion peine à décoller

Le paradoxe est sans appel : alors que près d’une voiture neuve sur cinq roule à l’électrique, le marché de l’occasion, lui, patine à moins de 2 %. Les modèles de seconde main peinent à séduire, écrasés par la popularité persistante de l’essence et du diesel, même pour des véhicules de plus en plus anciens.

Il suffit de parcourir les sites d’annonces pour le vérifier. Les Renault Zoe et Tesla Model 3 restent sur le carreau, malgré l’effort consenti par certains vendeurs pour réduire leur prix. Cette accumulation de stocks traduit un déséquilibre flagrant, qui dépasse largement l’Hexagone : en Europe, la seconde main électrique attend toujours son public. Même les groupes historiques, habitués aux records avec le thermique, n’arrivent pas à inverser la tendance pour leurs modèles électriques d’occasion.

Le constat vaut pour tout le premier semestre 2023. Les chiffres de l’AVERE-France témoignent d’une progression très modérée des ventes, tandis que les professionnels de l’automobile expérimentent, tâtonnent, cherchent la formule magique. L’offre de modèles récents augmente, mais l’incertitude sur leur valeur future bloque encore l’enthousiasme des acheteurs.

Quels freins expliquent la méfiance des acheteurs ?

Ce blocage du marché ne doit rien au hasard. Avant même de prendre contact avec un vendeur, les doutes s’amoncellent. Pour commencer, la question du prix. Même d’occasion, ces voitures n’ont pas encore atteint un niveau qui rende la comparaison avec les thermiques séduisante pour le grand public. La décote initiale est brutale, mais elle ne suffit pas à combler l’écart entre l’attente des acheteurs et la réalité des offres.

La batterie constitue l’autre grand point d’interrogation. Difficile pour l’acheteur de savoir vraiment ce qu’il achète : état de santé réel, capacité restante, coût d’un remplacement… Même avec des certificats ou tests proposés par certains vendeurs, la suspicion reste forte. Pour certains modèles, la technologie évolue si vite qu’un modèle de trois ans peut déjà sembler obsolète, moins performant, doté d’une moindre autonomie que les nouvelles versions arrivées sur le marché.

Quant à la recharge, elle continue de jouer les trouble-fête. Le manque de bornes accessibles, la multiplicité des systèmes de paiement, la crainte de tomber sur un point de recharge inutilisable… Rien de rassurant, surtout pour les habitants des zones périurbaines et rurales, pour qui l’accès à la recharge rapide ne va pas de soi.

Enfin, il y a cette incertitude sur la revente. Beaucoup craignent d’être pris au piège d’un marché qui évolue vite, où la valeur de leur véhicule pourrait plonger aussi vite qu’elle est apparue. Miser sur l’occasion électrique demande une vraie dose d’audace.

Des opportunités à saisir pour les acheteurs avertis

Malgré ces interrogations, quelques signaux positifs surgissent pour ceux qui prennent le temps d’analyser les offres. Certains modèles de dernière génération, issus de flottes d’entreprises ou revendus en fin de contrat, arrivent sur le marché avec peu de kilomètres et des batteries encore garanties constructeur, argument non négligeable pour qui veut minimiser la prise de risque.

Des dispositifs comme le bonus écologique ou la prime à la conversion commencent parfois à s’appliquer sur certains modèles précis, renforçant leur attrait financier. Résultat : des véhicules comme la Renault Zoe, la Peugeot e-208, la Fiat 500 électrique, la BMW i3 ou encore la Tesla Model 3 se retrouvent à des tarifs d’autant plus accessibles que s’additionnent les soutiens nationaux ou locaux, une configuration qui, il y a quelques années seulement, paraissait inatteignable.

Pour ceux qui songent sérieusement à franchir le pas, il existe plusieurs éléments à surveiller de près :

  • Garantie sur la batterie transférée au nouvel acquéreur sur certains modèles
  • Coûts d’entretien largement inférieurs à ceux d’une thermique équivalente
  • Arrivées régulières de véhicules issus de locations longue durée ou de flottes d’entreprise, souvent bien entretenus et déjà dépréciés

Sur de petits trajets quotidiens ou en deuxième voiture, les modèles récents affichent désormais un prix au kilomètre serré, avec un historique d’entretien souvent limpide. On observe d’ailleurs l’apparition continue de nouveaux modèles européens, asiatiques, parfois dotés d’équipements ou d’autonomies qui n’ont rien à envier au neuf. La vigilance reste de mise, avec une vérification minutieuse de la batterie, de l’entretien régulier et des solutions de recharge à proximité. Mais pour l’acheteur méthodique, le marché commence à révéler quelques fenêtres à explorer, là où hier tout semblait verrouillé.

La donne peut-elle s’inverser rapidement ? L’avenir appartient à ceux qui sauront reconnaître le bon modèle, au bon moment. Et dans le jeu de la seconde main électrique, les audacieux pourraient bientôt faire la différence.

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